Personnages historiques

Aux origines du projet Castor mené au Saut-le-Cerf dans les années cinquante se trouvent deux hommes, dont les portraits vous sont détaillés ci-dessous…

* * *

Portrait de Marcel Boussac et de son entreprise

Naissance d’un empire

Marcel Boussac naît le 17 avril 1889 à Châteauroux. Dès l’âge de seize ans, il intègre l’entreprise de confection que dirige son père, puis décide de bâtir sa propre entreprise.

Sa première démarche en ce sens est celle de se rendre à Paris ; Marcel Boussac s’y installe dans la négoce de tissu et s’affirme rapidement en dessinant une collection de vêtements pour femme aux couleurs vives et prononcées.

Le succès ne se fait pas attendre et, formidablement  bien lancé, Marcel Boussac crée le Comptoir de l’Industrie Cotonnière (C.I.C.), société de traitement et de vente de textiles.

En 1919, il décide d’acheter à un très bas prix tous les surplus de toile d’avion, un tissu particulièrement résistant. Avec, il confectionne des chemises, des blouses, des pyjamas et achète par la suite plusieurs usines, notamment dans les Vosges (une douzaine), et une importante filature en Pologne.

Une vie au service de son entreprise

En 1929, la France est frappée de plein fouet par la crise. Mais malgré ce contexte économique difficile, l’entreprise de Marcel Boussac ne fléchit pas ; il parvient à s’enrichir en vendant à très bas prix ses marchandises tout en se faisant une marge de bénéfice, mais aussi en rachetant à bas prix des entreprises textiles en faillite. A ce moment-là, Marcel Boussac est à la tête de la première entreprise textile de France.

Une dizaine d’années plus tard, la France toute entière vit au rythme de la seconde Guerre Mondiale. Durant l’Occupation, Marcel Boussac agit en tant que membre du Conseil National instauré par Vichy et entretient de bonnes relations avec de nombreux officiers allemands mais aussi avec Jean Bichelonne, alors ministre de la production industrielle de Vichy. Ces relations lui permettent d’épargner ses usines pendant cette période difficile tout en agissant à hauteur de ses possibilités pour ses ouvriers déportés, notamment en continuant à verser leur salaire mensuel à leurs familles en leur absence.

Au début des années cinquante, Marcel Boussac, à l’apogée de sa carrière, est l’homme le plus riche d’Europe : un célèbre magazine américain estime sa fortune à environ cent cinquante millions de Dollars. En tout, il emploie à l’époque près de vingt-cinq mille personnes, dans une soixantaine d’usines.

Cependant, les profits de l’entreprise diminuent peu à peu, parallèlement à l’apparition des fibres synthétiques et à la décolonisation. D’autre part, les pays du Tiers Monde commencent à produire eux aussi des textiles, et à les produire à très bas prix. Bientôt, des soucis financiers viennent déséquilibrer l’empire Boussac, qui s’essouffle et finit par disparaître totalement avant de ne voir disparaître à son tour Monsieur Boussac, le 21 mars 1980, à l’âge de quatre-vingt onze ans.

En 1975, les ouvriers des usines Boussac de Bolbec (Haute-Normandie) votent la grève en signe de protestation contre la fermeture annoncée des usines, qui mettra finalement au chômage peu de temps après quelques sept cents personnes

Ce que l’on retient de l’homme

Marcel Boussac sera et est toujours décrit en des termes qui s’opposent ; on parle d’un tyran obsédé par le contrôle total de son entreprise et de ses ouvriers, qui ne parvient jamais à déléguer ses pouvoirs et qui n’hésite pas à se fâcher à la moindre contrariété.

Mais on évoque également un homme de cœur, très attentif au bien-être de ses ouvriers et à leurs conditions de travail, qui consacre une grande partie de son temps à développer une action sociale au sein de son entreprise, en leur faveur.

* * *

Portrait de Jean-Marie Compas

L’épreuve de la guerre

Jean-Marie Compas a vingt-cinq ans lorsqu’il prend part à la « drôle de guerre », comme bon nombre de personnes à partir de septembre 1939.

En 1942, il s’engage dans la Résistance et devient un activiste couvert par son activité professionnelle : employé à la compagnie française d’éclairage. Grâce à elle, il peut circuler de jour comme de nuit et ainsi récolter de précieuses informations afin de nuire aux Occupants.

En 1944, Jean-Marie Compas est fait chef de la section d’assistance et d’accueil des déportés et des malheureux, aux frontières de l’Est de la France.

En 1945, il est l’un des premiers à remplir son devoir de mémoire lorsqu’il prend l’initiative de créer une exposition sur les crimes nazis à Metz.

Une vie au service de l’Homme

« Servir, c’est aimer », confie Jean-Marie Compas à Étienne Duchêne à l’occasion d’un livre qui retrace une série d’entretiens entre ces deux hommes, modestement intitulé Servir.

Marqué par sa douloureuse expérience de la guerre et poussé par un amour sincère et profond de l’Homme, Jean-Marie Compas souhaite désormais consacrer sa vie à servir.

C’est après avoir constaté le désastre dans lequel se trouvent la vallée du Rabodeau au sortir de la guerre et l’usine Boussac de Senones, moralement très fragilisée par la déportation de cent huit de ses ouvriers, que Jean-Marie Compas s’engage, début 1947, en tant que directeur social du groupe Boussac.


« Rendre les ouvriers plus heureux »…

…Voilà la demande faite à Jean-Marie Compas par Marcel Boussac, et c’est en ce sens que Jean-Marie Compas décide de mener toute son action sociale au sein de l’entreprise.

Il crée alors des maisons de repos pour les ouvrières épuisées, organise des voyages (été comme hiver) pour les retraités des usines, renforce le corps médical qui encadre les ouvriers à travers une médecine du travail plus active, offre des cadeaux de Noël aux ouvriers et à leurs enfants, crée des maisons de retraite, met en place des colonies de vacances… entre autres, car son action sociale est monumentale.

L’engagement social de Jean-Marie Compas auprès des ouvriers des usines Boussac durera plus de trente ans.

Photographie d'une colonie de vacances à Dinard (Bretagne) organisée par l'entreprise Boussac en 1958 pour les enfants de ses ouvriers de Thaon-les-Vosges

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s